Le principe des gabarits modernes a émergé progressivement avec l'évolution des types de publication. A partir du XVIIIe siècle d'abord, puis avec le Bauhaus au début du XXe siècle, le principe d'un gabarit non pas fondé sur une seule zone de texte mais sur une grille qui permet une liberté de mise en page beaucoup plus souple a été formalisé dans les années 60 par Joseph Muller Brookmann, en particulier dans son livre Grid System in Graphic Design (entièrement consultable à cette adresse).
Le fait d'organiser une double page en fonction d'une grille offre à la mise en page une grande souplesse tout en permettant une organisation rationnelle de l'espace. Elle permet, sur une même surface, de hiérarchiser de nombreuses informations sans paraître embrouillée et d'alterner facilement le texte et les éléments visuels, c'est pourquoi elle est particulièrement adaptée aux journaux, magazines, rapports, brochures, catalogues, etc.

Un exemple de gabarit modulaire : la couverture du journal Le Monde. La répartition en blocs permet de donner beaucoup d'informations sans la rendre confuse. Les blocs peuvent être eux-même segmentés en colonnes : cinq colonnes pour le titre principal, six colonnes pour le reste de la page. Le gabarit modulaire permet enfin d'insérer plus facilement des encarts publicitaires de taille (et de prix) variable.
Comme l'exemple du Monde le montre, la répartition des marges est moins décisive et plus souple que pour les gabarits classiques - le grand fond est dans ce cas particulièrement réduit afin de maximiser la quantité de texte par page. Il ne faut cependant pas perdre de vue l'importance de leur effet : des marges confortables confèrent toujours une impression plus luxueuse que des marges réduites. En d'autres termes, le ratio des marges par rapport à la page doit être adapté au type d'ouvrage (et aux coûts d'impression).
Le principe de la grille modulaire :
On peut en distinguer trois types. Quel que soit le type, les divisions de la page sont de deux genres : la zone de texte proprement dite et l'espace entre deux zones de texte (ou "gouttière"). Les deux divisions sont liées et dépendent également du corps de la typographie... ce principe sera expliqué dans un second temps.
La grille en colonnes simples : elle n'est composée que de divisions verticales de la page. Le plus célèbre exemple de ce type de grille est probablement la "Bible Gutemberg", le premier livre à avoir été imprimé, composé de deux colonnes de 42 lignes (d'où son surnom de "B42").

Ce type de grille permet de jouer très facilement avec les visuels, qui peuvent être distribués sur une ou deux colonnes, mais elle reste plutôt adaptée à la mise en page d'un texte unique.

La grille superposée : Elle est similaire à la grille simple en ce sens qu'elle est elle aussi uniquement composée d'une division verticale du bloc de texte mais elle mixe plusieurs largeurs possibles afin d'augmenter les possibilités de répartition du texte. Le gabarit ci-dessous montre en vert une disposition en trois colonnes et en rouge une disposition à quatre colonnes ; les exemples suivants montrent quelques possibilités offertes par une grille de ce type (on remarquera que la maquette du Monde mixe cinq colonnes pour son titre principal et six colonnes pour les autres titres, permettant de hiérarchiser visuellement la valeur de chaque texte).


La grille modulaire :
Des trois types, elle est celle qui offre le plus de possibilités et de liberté de mise en page mais c'est aussi celle qui demande le plus de travail de mise au point. En plus d'être divisée en colonnes, elle est aussi divisée en lignes : soit les divisions sont faites uniquement dans la zone de texte - et les marges sont calculées indépendamment - soit les divisions sont faites sur toutes la page et elles servent aussi au calcul des marges ; une autre méthode consiste à faire une division régulière de la page basée sur la hauteur de la ligne de base, si bien que les blocs de texte ont une largeur et une hauteur qui est un multiple de la hauteur de la ligne de base, et les gouttière la largeur d'une hauteur de ligne de base (dans les années 1960, Karl Gerstner a créé une grille de 58 unités pour la zone de texte sur ce principe)

Un exemple de grille modulaire : la division est de 15 en largeur et 14 en hauteur, elle couvre tout l'espace de la page - les marges seront calculées à partir de cette grille - et elle est basé sur une ligne de base pour un corps 12. Les gouttières ont la largeur d'une hauteur de ligne de base.
Dans les deux exemples ci-dessous (qui utilisent le modèle ci-dessus), l'avantage de la grille modulaire est de permettre un placement très libre des différents blocs tout en conservant un aspect structuré :

Dans l'exemple de gauche, le blanc de tête et le petit fond font 2 carreaux, le blanc de pied et le grand fond 3 carreaux. Dans l'exemple de droite, ils font respectivement 3 et 4 carreaux (gouttière incluse). Tous les éléments sont répartis sur la grille, donnant des possibilités quasi infinies tout en gardant un aspect structuré. A noter sur l'exemple de gauche que le grand fond, très confortable, permet de placer une légende pour le visuel sur sa gauche et que le blanc de pied, lui aussi très généreux, permet d'ajouter des éléments graphiques (a-plat de couleur, image ou motif à fond perdu, etc.).
Comprendre l'interdépendance des paramètres de mise en page :
Comment créer sa propre grille, comment déterminer la largeur d'un colonne, d'une gouttière, ou d'une division de grille modulaire ? Il n'y a pas de réponse simple à cette question car ces mesures sont tributaires de plusieurs paramètres, eux-mêmes interdépendants. Le principe de base étant toujours basé sur la visibilité et la lisibilité, il est important de se souvenir que le point principal est toujours la longueur d'une ligne en nombre de caractères : normalement, une ligne devrait contenir entre 30 et 70 caractères - 40 étant considéré comme optimal pour la lecture. Avec moins de 30 caractères, le rythme de la lecture devient trop haché car trop souvent interrompu par un retour à la ligne. Au-delà de 70, non seulement le rythme est lent, mais la capacité de l’œil a trouver le début de la ligne suivante est gêné. Partant de ce principe, on peut soit choisir le corps de police du texte pour en déduire la largeur de la colonne, soit l'inverse. Le corps de la police permet ensuite d'obtenir la taille de la ligne de base, donc également la taille des gouttières (égale à 1 ou 2 hauteur de ligne de base).
Une autre possibilité est de partir d'une division régulière de la page ou de la zone de texte, puis de construire les zones de texte en fonction de la quantité souhaitée sur une page et enfin d'en déduire la taille des colonnes et du corps de police.
Ces deux opérations peuvent prendre du temps pour que tous les paramètres soient homogènes et donnent un résultat équilibré, respectueux des proportions des marges et optimisant la lisibilité du texte... heureusement, il existe des méthodes pour se simplifier la vie.
Créer sa grille modulaire :
Ce lien détaille la méthode pour paramétrer une grille modulaire dans InDesign, il permet d'élaborer des grilles fonctionnelles de tout type très rapidement. On peut aussi trouver des modèles ou les fabriquer soi-même à partir de documents existants