Note : il ne sera ici question que de gabarits fixes, ceux utilisés pour les impressions. Nous n'abordons pas les gabarits fluides utilisés pour les sites web et les applications.

Depuis que le livre existe, une question se pose, à la fois du point de vue fonctionnel et esthétique  : comment disposer le texte dans la surface d'une double page pour donner à la lecture du rythme et de la régularité sans la rendre monotone ? Comment être à la fois dynamique et régulier ? Les traditions et l'histoire du livre, vieux de plus de 1500 ans, ont élaboré des solutions encore valables aujourd'hui.

Un peu d'histoire : le livre avant l'imprimerie

Divine comédieIl fut une époque ou posséder un livre était signe d'une grande richesse. Ils étaient faits de cuir, écrits et décorés à la main et l'élaboration d'un seul volume pouvait prendre des mois, passant entre les mains de plusieurs artisans experts dans l'art des lettrines, de la calligraphie ou de la reliure. Un objet aussi précieux - et d'autant plus qu'il servait de support à des textes sacrés - était au centre de toutes les attentions. Des considérations pratiques mais aussi mystiques, culturelles et esthétiques ont conduit à l'élaboration de règles de mise en page harmonieuses et équilibrées autant que dynamiques et rythmées que l'imprimerie a par la suite systématisé et développé. Le gabarit d'empagement fait partie de ces règles et désigne la façon de répartir le bloc de texte dans la surface d'une page.

La question de la répartition du texte dans la surface d'une page peut sembler a priori peu importante. Pourtant c'est d'elle que dépend de très nombreux choix qui auront une influence décisive sur l'esthétique du livre et la lisibilité du texte : taille de la typographie, nombre de lignes par page, aspect plus ou moins luxueux de l'ouvrage, etc.

Cette répartition ne se fait pas au hasard, bien au contraire : elle s'appuie sur des principes pratiques, esthétique et économiques. Elle prend pour principe premier le fait qu'elle doit être basée sur la double page : l'aspect visuel du texte est toujours à prendre en considération par rapport à un livre ouvert (la couverture et le dos du livre sont les deux exceptions où le texte n'apparaît que sur une page simple). Dans cette configuration, on comprend mieux que certains choix aient été faits plutôt que d'autres :

L'aspect pratique : puisqu'il faut bien tenir le livre avec ses mains pour pouvoir le lire, il est important que celles-ci ne recouvrent pas le texte, à la fois pour ne pas le masquer et rendre la lecture moins aisée mais aussi pour ne pas risquer de l'abîmer. En effet, la moiteur des mains risque d'étaler l'encre et d'endommager le livre (celles et ceux qui lisent Le Monde ou qui ont vu Le Nom de la rose le savent déjà !). Pour cette raison, les marges extérieures doivent toujours laisser suffisamment de place pour tenir le livre.

Marges exterieures

La marge inférieure est elle aussi toujours plus importante que la marge supérieure : d'abord parce que le livre est tenu soit par les bords extérieurs soit par les bords inférieurs - jamais par le haut - mais également pour laisser la place au numéro de page.

Marges inferieures

Le fait que, par défaut, InDesign propose des marges identiques est une véritable hérésie, et il convient de ne surtout pas s'en contenter.

L'aspect esthétique : l'aspect pratique pourrait conduire à donner des marges extérieures confortables, et, par souci de symétrie et d'équilibre à les copier pour les marges intérieures... Mais c'est oublier le principe de considérer l'espace de la double page. Dans l'exemple ci-dessous, on peut voir que ce cas de figure (à gauche) conduit en réalité à donner l'impression que les deux blocs de texte sont détachés l'un de l'autre. En effet, la configuration en double page double aussi la taille des marges au centre par rapport aux extérieurs. Dans l'exemple de droite en revanche, une marge intérieure plus petite permet de lier davantage les deux blocs de texte : la dissymétrie des marges intérieur et extérieur assure à la fois un rythme plus dynamique et un équilibre plus grand.

Marges ratio

L'aspect économique : les deux parties précédentes conduisent au principe général qui veut que les marges extérieures et inférieures sont toujours plus grandes que les marges intérieures et supérieures. Mais ce principe peut être décliné de nombreuses façons :

Marges proportions

Dans les quatre cas, le principe de répartition des marges est respecté mais on constate que la surface de texte n'est pas la même. En d'autres termes, plus les marges sont généreuses, plus il faut de pages pour accueillir une quantité de texte équivalente. Le nombre de pages ayant un impact direct sur le coût d'un livre, le choix des proportions pour les marges est un facteur qui a une influence directe sur le coût : on verra par la suite (Cf. Les gabarits classiques) que c'est ce qui distingue les éditions de luxe des éditions plus communes.

L'aspect mystique et religieux : ce dernier aspect des gabarits d'empagement peut paraître plus ésotérique et par conséquent moins important. En réalité il a également une fonction esthétique très importante qui ne doit surtout pas être négligée : l'harmonie et la cohérence des proportions, aussi bien pour les dimensions de la page que pour celle du bloc de texte.

Le rapport de proportion "divin" : le premier et le plus célèbre des rapports de proportion est basé sur le nombre d'or. Il permet de construire un rectangle d'or selon le schéma suivant :

construction rectangle d'or

Il suffit de prendre un point à la moitié du côté d'un carré, de tirer la diagonale jusqu'au coin supérieur : le point sert de centre et la diagonale de rayon à un cercle qui, lorsqu'il coupe la ligne qui prolonge la base du carré détermine la largeur du rectangle d'or. Le ratio final est de 1 hauteur pour environ 1,618 de largeur. Ce nombre est symbolisé par la lettre grecque phi (φ) en l'honneur de l'architecte Phidias qui a conçu le Parthénon, réputé pour exploiter le nombre d'or dans toutes ses proportions. Pour calculer facilement des rapports de proportions basés sur le nombre d'or, on peut utiliser l'application Phiculator spécialement conçue dans ce but.

La suite de Fibonacci : du nom du mathématicien Leonardo Fibonacci (XIIe siècle) qui l'a inventée, cette suite de chiffre permet d'obtenir des valeurs approximatives du nombre d'or grâce à des entiers. La suite se base sur l'addition des deux derniers termes de la suite, qui commence par 1 et 1 : 1,1, 2 (1+1), 3 (2+1), 5 (2+3), 8 (3+5), 13. Elle a notamment été utilisée par Le Corbusier pour élaborer le Modulor, un système de dimensions fait pour être adaptées à l'échelle humaine et utilisée pour déterminer les hauteurs de portes, de sièges, de tables, etc. En imprimerie, elle peut être utilisée dans de nombreux cas : taille des marges, de la pages, du bloc de texte, des colonnes, etc.

Les anciens formats de papier (mais toujours d'actualité) : ces formats, aux noms poétiques, ont précédés les normes internationales. Leur taille était déterminée par deux critères principaux : leur utilisation (livre, journal, affiche, cartes, etc.), ou la taille que la feuille faisait une fois pliée - d'où les dénominations de in-plano (pas de pliage), in-folio (feuille pliée une fois, soit quatre pages), in-quarto (feuille pliée deux fois, soit huit pages), in-octavo (feuille pliée quatre fois, soit seize pages), etc. Le tableau suivant donne à la fois le nom des différents formats et la taille d'une page en fonction du pliage de la feuille :

Formats papier

Source : Biblioweb - cliquez sur l'image pour l'agrandir

Ces formats sont encore utilisés et parfois disponibles dans les imprimeries.

La norme internationale ISO 216 : en vigueur en France depuis la fin des années soixante, cette norme définit les formats A0, A1, A2, A3, A4, etc. Elle est basée sur le schéma de construction suivant :

Format A4

La largeur de la page est égale à la diagonale d'un carré et la hauteur à un côté du carré, si bien que le ratio a la valeur de √2, environ 1,4142. Le format A0 a été établit de façon à ce que ses dimensions couvrent une surface de 1m². Pour cette raison, il fait 841x1189mm et les formats suivants sont des divisions  par deux de la largeur : A1 = 594x841mm, A2 = 420x594mm, A3 = 297x420 mm, A4 = 210x297mm, etc. jusqu'au format A10. Son intérêt est également de rendre plus simple la compatibilité entre les différents éléments de papeterie (un format A4 rentre dans une enveloppe C4).

Modifié le: mardi 15 septembre 2026, 17:29