Les gabarits d'empagement sont des proportions qui permettent de choisir selon différents critères - historiques, pratiques, esthétiques, etc. - le format d'une page ainsi que la taille et le positionnement du bloc de texte. Par conséquent, les gabarits d'empagement ont un impact direct et très sensible sur toute une série d'éléments de mise en page qui doivent être accordés :
Le format :
Le gabarit d'empagement, s'il permet de déterminer des proportions et des emplacements, doit aussi s'accompagner d'un choix de format, c'est-à-dire de sens et de type de proportion des pages. On en détermine cinq catégories différentes :
- Étroit vertical : format avec un contraste marqué entre une hauteur importante et une largeur restreinte, qui convient surtout aux flyers, livrets, brochures ou cartons d'invitation. Un format A4 plié deux fois sur sa largeur donne ce type de format. Ouvert, la double page s'approche d'un format carré.
- A la française : aussi appelé format "portrait", ce format est le plus utilisé pour les livres. Ses proportions le rendent pratique à consulter et à ranger. Il correspond aux formats les plus répandus dans les imprimeries. Ouvert, la double page prend les proportions d'un format l'italienne (voir ci-dessous).

Un format intermédiaire entre le format étroit vertical et à la française : la collection 10/18 tire son nom de la taille d'une page (10x18cm) qui approche un ratio de 2:1
- Carré : format dont la hauteur est à peu près égale à la largeur. Peu courant, il est souvent utilisé pour donner un aspect original au livre : on le trouve souvent utilisé pour les livres d'art, de cuisine, de photo ou dans les livres pour enfants. Ouvert, la double page prend les proportions d'un format étroit horizontal (voir-ci-dessous).

La planète bizarre, Voutch - le format carré de petite taille (12x12cm) est adapté aux petite mains
- A l'italienne : équivalent au format à la française mais à l'horizontal, il est aussi appelé format "paysage". Plus rare, il est fréquemment utilisé pour les livres voulant donner une impression d'espace et un certain raffinement - on le trouve beaucoup dans les livres d'art et de photo. Ouvert, la double page se déploie sur une grande largeur au regard de la hauteur, ce qui n'est pas adapté à tous les contenus.
- Étroit horizontal : format très large et assez rare, il est surtout utilisé pour les chéquiers, les cartons d'invitation, les billets de concert, etc. Ouvert, la double page est particulièrement large (elle peut dépasser un ratio de 4:1) ce qui ne la rend pas toujours pratique pour un livre.

Scotland panorama, Hervé Sentucq - le livre a un format 39x18cm soit un ratio de 2.16:1, très adapté pour mettre en valeur des photos panoramiques
Il existe d'autres types de formats plus exotiques - on trouve même des livres ronds ! Attention cependant aux problématiques spécifiques qu'ils posent, particulièrement en terme de massicotage et d'assemblage.

Salades gourmandes - le livre se distingue par un format rond, très peu courant car complexe à mettre en page et à fabriquer.
Les marges :
La partie précédente a montré que la répartition du bloc de texte sur une page doit répondre a des aspects pratiques et économiques qui ont une forte influence sur la taille des marges. Jusqu'ici, une terminologie simple a été utilisée : marges supérieures, inférieures, extérieures, etc. Il est temps de préciser la terminologie réellement utilisée en PAO. Les marges dans leur ensemble sont dénommées "blanc tournant". La marge supérieure est le "blanc de tête", la marge inférieure "blanc de pied", la marge extérieure "grand fond" et la marge intérieure, "petit fond". Il n'est jamais fait référence à une marge de droite ou de gauche pour la simple et bonne raison qu'un marge droite sur une page de gauche devient une marge de gauche sur une page de droite.
Le calcul de la taille des marges répond a des règles précises en fonction du type de gabarit choisit - ce point fait l'objet des deux parties suivantes. Indépendamment des règles de calcul, la proportions qu'occupent les marges donne à un livre un aspect différent. On distingue :
- Les mises en page "Luxe" : les marges occupent un tiers des dimensions de la page, typiquement les ouvrages d'art, de photos, les livres auxquels on veut donner un aspect précieux.
- Les mises en page "Demi-Luxe" : les marges occupent un quart des dimensions de la page. Cette répartition est souvent utilisée dans les éditions reliées de romans.
- Les mises en page "standard" : les marges occupent un cinquième voire moins des dimensions de la page. Elles sont essentiellement utilisés dans toutes les éditions de poche pour minimiser le coût du papier et permettre des publications bon marché.
Les colonnes et gouttières :
La place qu'un gabarit d'empagement laisse au bloc de texte est parfois très large - particulièrement pour les formats à l'italienne ou étroit horizontal. Le problème est alors qu'une ligne de texte peut être très longue et gêner la lecture : il devient difficile, arrivé en bout de ligne, de trouver le début de la ligne suivante. Deux possibilités existent pour contourner ce problème. La première consiste a augmenter la taille de la police pour diminuer le nombre de caractères par ligne (en restant dans une limite supérieure à 30 et inférieure à 70). La seconde, consiste à découper le bloc de texte en plusieurs colonnes séparées par un espace appelé "gouttière". Cette seconde solution permet de diminuer la taille de la police en fonction du nombre de colonnes et d'augmenter la quantité de texte sur une page par rapport à la première solution : c'est pour cette raison qu'elle est beaucoup utilisés par la presse quotidienne.

Les très nombreuses décisions prises par les Etats Généraux à la fin du XVIIIe siècle devaient être rendues publiques. Elles étaient imprimées sur de grandes feuilles, et le texte, écrit en petits caractères, était répartis sur plusieurs colonnes pour être plus lisible (qu'on imagine le même document sans colonne...). Le "placard", était ensuite collé sur les murs pour avis publique (d'où le terme de "placarder" une affiche). Ce type de mise en page est l'ancêtre de celle encore utilisée par la presse quotidienne.